Les Chroniques d'Isaia

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 Extrait chapitre 11 - "Le bruit d'un coeur qui se brise"

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MessageSujet: Extrait chapitre 11 - "Le bruit d'un coeur qui se brise"   Dim 29 Nov - 14:02

Ce n’était pas un simple incendie. Ce n’était pas un incident.

Les gens hurlaient, se bousculaient, couraient dans n’importe quelle direction pour échapper aux flammes. Autour d’elle, des corps tombaient, criblés de cristaux étincelants, et s’empilaient contre les ruines de ce qui autrefois devait être une habitation. Des humains dont le corps avait prit feu poussaient des cris inhumains en se débattant vainement avant de tomber en cendres sur le sable noir. Des femmes fuyaient en entraînant leurs enfants en pleurs tandis que les maris s’opposaient vainement aux trois effroyables créatures responsables du massacre. La chaleur des flammes devenait suffocante, et une fumée noire cachait à présent le ciel. Les habitations s’effondraient les unes après les autres, emportant parfois des familles entières coincées sous les décombres. Partout où ses yeux se posaient, elle ne voyait que la mort.

Une odeur de chair brûlée lui donna subitement la nausée, et les cris de douleur et d’effroi devenaient assourdissants. Son corps se mit à trembler frénétiquement tandis qu’elle se sentait bousculée constamment par ceux qui tentaient de fuir.
Tout allait si vite…d’autres corps tombaient, d’autres cris…les flammes qui les dévoraient vifs…ces yeux écarquillés…l’expression d’horreur incrustée sur le visage des mourants…

La douce petite Rêverie était choquée. Une profonde terreur avait pris possession d’elle alors qu’elle ne pouvait détacher son regard de l’horreur qui se déroulait devant ses yeux. Elle ne voyait aucune issue, aucune…partout les gens mourraient, les corps brûlaient, les blessés agonisaient…

Quelques braves soldats de la garde royale s’étaient dressés contre deux des attaquants, mais ils furent bien vite maîtrisés, et la princesse put voir leurs corps se recouvrir d’une fine couche de glace…

La panique la gagna enfin, et elle chercha à s’enfuir comme les autres. Les larmes perlèrent ses yeux, et elle hurla intérieurement après son frère. Elle fut prise dans le mouvement d’une dizaine de personnes tentant de fuir du côté du palais, et ne put rien faire d’autre que de courir. Elle tenta de se calmer, de penser à quelque chose de rassurant, mais qu’importe où elle posait les yeux, elle n’y voyait que de l’horreur. Elle chercha désespérément son frère du regard, persuadé qu’il allait sortir de nulle part, la prendre par la main et l’emmener loin d’ici, mais ses espoirs se brisèrent bien vite, et l’horreur ne faisait que commencer.

Il y eut un nouveau rugissement de flammes, et Rêverie se sentit projetée en arrière, roulant sur le sol à plusieurs mètres de l’endroit où elle se tenait auparavant. Ceux qui avaient cherchés à fuir venaient d’être frappés par le feu d’Eiden. La plupart n’étaient désormais plus que cendres, mais les autres, blessés, agonisaient au sol, couverts d’horribles brûlures. La démoniaque créature vêtue de rouge ne put s’empêcher de rire, et, lorsqu’elle remarqua qu’elle avait raté une jeune enfant, s’approcha d’un pas vif de Rêverie qui avait peine à se relever.
Son corps tremblait, et ses yeux étaient écarquillés de terreur. Ses larmes n’avaient de cesse de couler alors qu’elle appelait son frère en gémissant, terrorisée. L’être s’était immobilisé, et la fixait avec un sourire cruel. Elle voulait fuir, mais son corps refusait d’obéir. Ce qu’elle contemplait et qui lui souriait, c’était la mort…

Alors l’être leva la main, et s’apprêta à lui arracher la vie. Des flammes noires s’embrasèrent dans sa paume, et en quelques secondes à peine elles s’étaient dirigées telle une flèche vers la pauvre princesse qui poussa un hurlement de terreur. Elle s’était recroquevillée, ses bras croisés devant sa tête pour se protéger. Elle avait fermé les yeux, et il lui fallut un temps fou pour réaliser qu’elle pouvait les ouvrir de nouveau, qu’elle n’était pas morte, qu’elle n’avait pas été brûlée. Pendant une fraction de secondes, elle osa espérer que tout ceci n’était qu’un cauchemar, et qu’elle venait de se réveiller. Mais elle entendit de nouveau les hurlements et les gémissements, le bruit des flammes, les explosions, l’odeur du sang…

- Stupide créature, grogna Eiden.

A ces mots qu’elle crut entendre, Rêverie releva vivement la tête. L’ineffable assassin se dressait toujours devant elle, mais son regard était posé sur quelqu’un d’autre. Elle n’osait pas tourner la tête. Bien qu’elle se doutât, elle n’osait pas. Elle sentit un profond mal-être monter en elle, une nausée si forte qu’elle eut envie de vomir, son esprit était accablé par une soudaine fatigue, ses yeux lui brûlaient, sa gorge était sèche, son souffle haletant, et elle avait l’impression que des milliers de fourmis dansaient sur sa peau.

Puis, son cœur se brisa. Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur, et ses larmes coulèrent plus que jamais. Elle gémit, sanglota, son corps agité de spasmes tandis qu’elle contemplait la dépouille d’une panthère blanche aux majestueuses ailes rouge. Elle rampa sous le regard amusé du Démon, et serra le corps de Zeyre dans ses bras. Tout s’était passé si vite… Tellement vite… Comment…pourquoi…que s’était-il passé…l’avait-il tué…Zeyre avait-il tenté de la protéger… ? Ses pensées se succédèrent à une vitesse folle, si bien qu’elle ne réalisait pas même ce qu’il venait de se passer. Il y eut une soudaine lueur, et le corps de Zeyre explosa dans un flot de lumière blanche, puis disparut entièrement…

Rêverie, choquée, continuait de tendre les bras devant elle, comme si le corps de Zeyre reposait toujours dans ses bras, comme si elle n’avait pas remarqué que tout ce qu’elle pouvait serrer contre elle n’était autre que le vide… Elle sentit une souffrance atroce la déchirer de l’intérieur, et pour s’en libérer, elle se mit à hurler de toutes ses forces.

Ennuyé, Eiden lui montra sa compassion en lui envoyant un violent coup de pied qui lui fit heurter le sol. Un filet de sang s’écoula lentement sur son front… La jeune princesse gémit de douleur, mais son regard s’était de nouveau posé sur le Démon. Celui-ci allait l’achever, elle en était sûre. Cet assassin…il avait tué Zeyre ! Il avait tué tout le monde, détruit sa ville ! Zeyre était mort !

Elle se sentit emplie d’une fureur telle qu’elle adressa à Eiden le regard le plus noir et le plus haineux qui soit. Elle le haïssait pour ce qu’il venait de faire. Elle souffrait tellement…elle voulait se débarrasser de cette souffrance, avant qu’elle ne l’étouffe…si seulement elle était plus forte, si seulement elle avait eu une arme…elle se serait jetée sur lui et l’aurait frappé de toutes ses forces, en espérant le tuer comme il avait tué Zeyre !

- Comme j’aime ce regard…lui murmura-t-il avec un sourire empreint d’un sadisme sans égal.

- Eloigne-toi d’elle ! Rugit une voix familière.

Le cœur de Rêverie explosa de nouveau, et elle se redressa aussitôt pour voir son frère accourir vers elle. Ses vêtements étaient en partie déchirés et brûlés, du sang coulait le long de son bras, et l’expression de son visage était haineuse et menaçante. Rêverie ne l’avait jamais vu ainsi. Lui si doux, si calme, et tellement gentil… Une telle lueur dans les yeux de Yuri l’avait anéantie…

- Rêverie, viens par là ! Lui ordonna-t-il.

Elle ne protesta pas, et courut vers son frère pour se cacher derrière lui, gémissant et sanglotant. Maintenant qu’il était là, elle se sentait presque rassurée. Son grand frère était fort. Son grand frère était invincible ! Il ne pouvait pas perdre…il ne pouvait pas. Et ce Démon était fou de lui faire face avec tant d’assurance !

- Fuis, quitte cet endroit ! Dépêche-toi ! Vas-t-en, le plus loin possible… Retourne chez Théobald, et ne le quitte pas, plus jamais, tu as compris ?! Lui hurla son frère.

Quelque chose venait de se briser. Son malaise s’était ancré profondément en elle, et les paroles de Yuri ne firent que raviver la douleur. Elle voulut protester, mais la réaction qu’il eut fut si violente qu’elle en fut choquée. Il venait de lui hurler dessus. Il lui avait ordonné sèchement de déguerpir, et il l’avait fait avec tant de brutalité qu’elle s’était échappée en courant sans même penser à choisir une direction.

Cela l’avait blessé autant qu’elle de lui parler sur ce ton, mais il en avait été contraint. Il n’aurait pu faire autrement. Il savait qu’en la blessant, elle lui aurait obéi. Pourquoi avait-il agi ainsi, alors qu’il aurait pu la garder près de lui pour la protéger ? Peut-être parce qu’il savait qu’il allait mourir…

Rêverie courut sans s’arrêter, malgré sa difficulté à respirer, et la douleur qui lui traversait le corps. Elle savait qu’il s’agissait de survivre, et que s’arrêter pour se reposer suffisait pour qu’elle soit tuée. Son esprit s’était embrouillé, au point que seul son instinct guidait ses actions. Elle avait fui jusqu’à l’extérieur des ruines de la ville encore fumantes, suivant quelques miraculeux survivants qui, comme elle, s’étaient décidés à trouver un refuge dans les dunes.

Elle les suivit comme elle aurait suivi son frère, persuadée que ces gens pourraient l’aider, la réconforter, la consoler, ou la défendre ! Elle ne voulait pas rester seule, elle ne pouvait pas, elle avait besoin de ces gens, besoin d’être avec quelqu’un, sinon elle deviendrait folle, anéantie par la douleur. Elle ne voulait pas penser à ce qu’il venait de se passer. Elle ne voulait pas comprendre, surtout pas. Si elle y pensait maintenant, elle en mourrait !

Alors elle courut jusqu’à échouer comme eux au milieu du désert, bien loin de la ville à présent, et elle les suivit maladroitement jusqu’à une petite oasis à l’ombre des arbres qui se dessinaient dans le ciel bleu de la nuit telles des ombres peintes à l’encre de chine.

Elle se laissa tomber près de l’eau fraîche, et s’appuya contre le tronc d’un palmier, tandis que d’autres survivants s’agitaient autour d’elle. Il y avait là plusieurs familles toutes aussi choquées qu’elle. Les mères consolaient leurs enfants, et certaines femmes tentaient de laver et soigner les plaies de quelques hommes blessés.
Elle les regarda un instant, mais ce n’était pas eux qu’elle voyait. Devant ses yeux se dessinaient les corps brûlés des victimes, les visages torturés des mourants, le sourire sadique de ce Démon, puis le corps de Zeyre. Elle ferma les yeux, et entoura ses jambes de ses bras, se balançant d’avant en arrière en essayant de penser à autre chose, mais rien n’y fit. Elle sentait son corps trembler, et elle pouvait encore entendre les cris qui s’élevaient de la ville et faisaient écho dans le désert. Elle ne voulait plus les entendre ! Elle ne voulait plus entendre ni voir, ni même être dotée de pensée ! Elle n’osait même plus ouvrir les yeux de peur de revoir ce Démon lui faire face, et lorsqu’elle réalisa enfin que Deseri avait été attaquée, elle ne put s’empêcher de penser que la fin du monde était arrivée, et explosa en sanglots, hurlant jusqu’à ce que sa gorge soit aussi sèche et brûlée que les corps du peuple qu’elle avait chéri et avec qui elle avait grandi.

Le sommeil était tombé sur elle comme une masse sur un crâne, et lorsqu’elle se réveilla enfin ce ne fut que pour contempler l’aube se lever. La plupart des survivants dormaient encore, et quelques-uns contemplaient silencieusement le ciel comme s’ils le voyaient pour la dernière fois. Leurs regards semblaient vides, et Rêverie put voir que quelque chose s’était aussi brisé en eux.

En se levant, elle se sentit si mal qu’elle ne put s’empêcher de vomir, sans doute le contrecoup de ce qu’elle venait de vivre. Ses yeux étaient rougies par les larmes, et lui piquaient, et sa gorge était si sèche que même l’eau de l’oasis ne parvint à l’adoucir. Ses mains tremblaient encore, et elle sentait que son corps refusait de la porter très longtemps. Toutefois, elle voulait retourner à Deseri. Elle savait que c’était dangereux, que ce qu’elle y verrait serait atroce, mais peut-être que son frère l’attendait là-bas, et elle voulait à tout prix le retrouver, malgré son interdiction de revenir.

Elle prit son courage à deux mains, et reprit la route de la ville en se traînant. Jamais elle ne s’était sentie si seule. La présence chaleureuse et protectrice de Zeyre avait disparue. Il n’y avait plus de joyeux miaulements ni de mots doux ni de conseils, plus personne pour lui dire ce qu’elle devait faire, ni pour la transporter sur son dos…

Elle pensa à rejoindre Théobald, mais sans Zeyre, cela lui semblait peine perdue…
Alors elle marcha, jusqu’à apercevoir les ruines de sa chère ville…

Elle s’avança, les jambes tremblantes, trébuchant parfois tant ses muscles étaient raides et tant elle se sentait affaiblie. Elle ne comprenait pas ce qu’elle voyait. Tout n’était que ruines, emprisonnées dans une couche de glace qui commençait à fondre sous l’éclat ardent du soleil. Les corps semblaient avoir disparus et, si elle n’avait vu les ruines du palais au loin, elle n’aurait pu reconnaître ces lieux devenus si étrangers.

Elle erra un long moment dans les rues, titubant, apercevant ça et là les silhouettes de quelques survivants qui, comme elle, étaient revenus dans l’espoir de retrouver leurs proches. La glace avait épargné quelques endroits, et quelques corps, dont celui d’un jeune roi qui était tombé pour protéger sa sœur…

Rêverie l’avait aussitôt reconnu, car il se tenait à l’endroit même où elle l’avait vu pour la dernière fois. Elle tituba et se laissa tomber à genoux près de son frère. Il semblait endormi…juste endormi… Elle le secoua un peu, se força à sourire, mais elle ne put empêcher ses larmes de couler, et sa voix de trembler.

- Yuri, réveille-toi…s’il te plait grand frère…allez, ce n’est pas drôle, réveille-toi…Yuri…réveille-toi s’il te plait…

Elle se mit à sangloter malgré elle, et serra contre elle le corps de son frère, répétant inlassablement qu’il devait se réveiller, refusant de voir les cristaux de glace qui avaient transpercé son corps de part et d’autre. Yuri était invincible. Yuri était son frère. Il ne pouvait pas mourir. Elle le secoua encore, lui reprochant ses plaisanteries stupides tout en sanglotant de plus en plus fort.

Elle sentit la main d’un homme l’empoigner et la tirer doucement en arrière, voyant bien que la jeune enfant essayait de réveiller un mort, et qu’elle avait besoin d’aide, mais elle refusait de lâcher prise, s’accrochait à son frère, continuait de dire des absurdités, jusqu’à que l’homme l’arrache de force au cadavre.

Elle se débattit sauvagement, hurlant de toutes ses forces, pleurant comme jamais elle n’avait pleuré. L’homme la serra contre lui, reçut les coups qu’elle lui porta sans broncher, et pleura silencieusement tandis qu’il tentait vainement de la consoler.

Au début, elle refusait de quitter son frère, mais lorsqu’elle fut accablée par la fatigue, elle se laissa conduire hors de Deseri. Elle avait encore du mal à réaliser qu’en une nuit tout ce qu’elle chérissait lui avait été arraché. Elle se demandait pourquoi les Aelundel avaient laissés une chose pareille arriver. Elle se demandait pourquoi ces hommes avaient réduit sa ville à néant, et comment il était possible d’y avoir pris plaisir. Elle se demandait pourquoi elle avait survécu, et quel était le sens de sa vie si elle devait continuer d’exister sans Yuri et Zeyre. Elle se demandait si elle pourrait les rejoindre dans la mort, et si ce n’était pas préférable à la souffrance qui la submergeait. Elle se demandait si, finalement, le monde n’était pas en train de s’écrouler…

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